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Profils

Dr. Doug Woodhouse

Le Dr. Doug Woodhouse est médecin hospitaliste à Calgary, en Alberta, et il est directeur médical du programme de formation des médecins.


Recommandation n° 5 de l’Association des psychiatres du Canada : Ne prescrivez pas d’emblée des antipsychotiques pour traiter l’insomnie primaire, peu importe l’âge du patient.

Recommandation n° 12 de l’Association des psychiatres du Canada : N’utilisez pas d’antipsychotiques comme intervention de première intention pour traiter les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence.


Quelles stratégies ou quels outils de décision partagée avez-vous mis en place en lien avec ces recommandations?

En 2014–2015, le Réseau clinique stratégique (Strategic Clinical Network) pour la santé des aînés au sein des Services de santé de l’Alberta a inauguré son cadre d’utilisation appropriée des antipsychotiques (Appropriate Use of Antipsychotics framework) afin de réduire l’utilisation à mauvais escient des antipsychotiques chez les personnes âgées. Dans notre résidence assistée de Calgary, en Alberta, le personnel a reçu une formation sur les soins aux personnes atteintes de démence et les médecins ont participé à un atelier multidisciplinaire pour l’amélioration des interventions. Le cadre nous a aidés à procéder au sevrage, à la déprescription et aux prises de décision partagées avec les patients et leurs proches. Notre équipe a ainsi pu consolider son objectif de réduire sécuritairement le recours aux antipsychotiques, ce qui nous a aidés à améliorer la qualité de vie des patients et à faire passer de 20 % à 10 % actuellement la prévalence de l’utilisation des antipsychotiques (soit 7 % sous la moyenne provinciale pour les personnes âgées des établissements de soins de longue durée)1. Étant donné que près du tiers des nouveaux patients sont sous antipsychotiques à leur arrivée, on constate que le projet de déprescription est une réussite lorsqu’ils sont bien installés dans notre établissement.

Pour les nouveaux patients, une réunion préliminaire regroupant un proche aidant/mandataire, une infirmière praticienne, un pharmacien et une infirmière gestionnaire est organisée pour revoir les médicaments en cours, discuter des indications et contre-indications des antipsychotiques et offrir l’essai de la déprescription chez les patients sous antipsychotiques.

Diverses interventions de suivi des patients sous antipsychotiques sont aussi mises en place : documentation des modes de comportement pour faciliter l’évaluation objective de l’effet des médicaments; revues trimestrielles des médicaments pour aider aux prises de décision (p. ex., analyses de laboratoire selon le cas); identification des déclencheurs des symptômes comportementaux indésirables; élaboration de plans de soin individuels. Nous offrons aussi plus de temps d’activités organisées pour motiver les patients et les divertir.

Quelle difficulté ou quelle gratification associez-vous à cette démarche?

C’est très gratifiant de mobiliser notre équipe autour de cet objectif qui consiste à améliorer la capacité fonctionnelle des patients et à réduire les risques associés à la prise de médicaments. Le maintien des canaux de communication à propos des avantages et des inconvénients associés à la prise d’antipsychotiques et le suivi structuré des patients rassure tout le monde sur le fait que les interventions de déprescription sont sécuritaires et appropriées. Même s’il a fallu investir un peu de temps pour former le personnel, y compris moi-même, à présent, nous gagnons du temps parce qu’il y a moins d’analyses de laboratoire à suivre et moins d’interactions médicamenteuses et d’effets secondaires des antipsychotiques à gérer.

Pourquoi accordez-vous une telle importance à la prise de décision partagée autour de cette recommandation Choisir avec soin ou de cet enjeu clinique en particulier?

Réduire de 50 % l’utilisation des antipsychotiques représente une immense victoire pour notre établissement. Nos interventions en ce sens n’ont eu aucun effet négatif à ce jour. Les demandes d’indemnisation pour accident du travail chez les employés, les plaintes de la part des familles des résidents, les blessures chez les autres résidents, le roulement de personnel et les chutes chez les patients ont tous diminué. Je remarque aussi que mes patients sont plus heureux et plus mobilisés. J’ai moins de travail à faire pour instaurer et gérer les ordonnances; je m’inquiète moins des effets secondaires et j’ai réduit le volume d’analyses de laboratoire de routine.

Mais ce qui compte le plus, c’est que notre démarche de déprescription des antipsychotiques a eu un effet positif sur la qualité de vie des patients et sur la satisfaction de l’équipe au travail.

 

Note de bas de page

1↵Seniors Health Strategic Clinical Network. Appropriate use of antipsychotics (AUA) and elder friendly care (EFC). Calgary, AB: Alberta Health Services; 2018.

 

Cet article a d’abord paru dans la revue Le médecin de famille canadien. L’entrevue a été préparée par la Dre Kimberly Wintemute, coresponsable des soins primaires, et Hayley Thompson, gestionnaire de projet, pour Choisir avec soin.

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