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Points de vue

La prescription d’antibiotiques : plus qu’une décision médicale

par : Dre Theresa Tam, une contribution spéciale de l’administratrice en chef de la santé publique du Canada

La Dre Theresa Tam a été nommée administratrice en chef de la santé publique du Canada (ACSP) le 26 juin 2017. Elle est médecin et ses domaines de spécialité sont l’immunisation, les maladies infectieuses, la préparation aux situations d’urgence et la sécurité sanitaire mondiale.

Étant la principale professionnelle de la santé publique au sein du gouvernement fédéral, la Dre Tam conseille le ministre de la Santé et communique avec les Canadiens, les professionnels de la santé et les autres intervenants au sujet de la santé des Canadiens.

Les antibiotiques sont des médicaments indispensables pour traiter les infections graves, souvent mortelles. Pourtant, plus nous utilisons les antibiotiques inutilement, plus ils deviennent inefficaces, car certaines bactéries acquièrent une résistance à ces médicaments. Cette résistance augmente le risque, pour chacun d’entre nous, d’être atteint d’une infection impossible à traiter.

La résistance aux antimicrobiens (RAM) est l’une des plus grandes menaces qui planent sur la santé à l’échelle mondiale. Si le nombre de bactéries résistantes aux antibiotiques continue d’augmenter, des interventions médicales courantes (comme les césariennes, la chimiothérapie et les chirurgies de remplacement de la hanche) pourraient devenir trop dangereuses à pratiquer, à cause du risque accru d’infections potentiellement incurables. Selon un rapport récent du Conseil des académies canadiennes, au Canada, environ 5 400 décès, soit près de 15 décès par jour, seraient attribuables à des infections causées par des bactéries résistantes aux antibiotiques en 2018.

Mon rapport Pleins feux publié plus tôt cette année examine les causes de la prescription injustifiée d’antibiotiques et ce que peuvent faire les patients, les prestataires de soins et les responsables du système de santé pour aider à préserver l’efficacité des antibiotiques au Canada. À l’occasion de la Semaine de sensibilisation aux antibiotiques, j’aimerais revenir sur l’une des observations essentielles de mon rapport : l’influence de la relation entre le patient et le prestataire de soins sur les pratiques de prescription inutiles ou inadéquates.

Une décision déterminée par les relations et les normes

La relation que nouent les infirmiers, les médecins et d’autres prestataires de soins avec leurs patients est l’une des plus importantes variables explicatives de l’utilisation des antibiotiques. (Rapport Pleins feux de l’administratrice en chef de la santé publique du Canada 2019, p. 10)

Pour de nombreux patients, les antibiotiques sont une arme infaillible contre n’importe quelle infection. Certains patients s’attendent à ce qu’on leur prescrive des antibiotiques chaque fois qu’ils sont malades, ce qui peut poser des difficultés, créer des malentendus et donner lieu à des ordonnances inutiles. L’établissement d’une relation de confiance avec les patients favorise une communication claire et une meilleure réceptivité lors des discussions sur l’usage approprié des antibiotiques.

Différentes stratégies peuvent faciliter une relation de confiance :

Nous avons tous un rôle à jouer pour freiner la résistance aux antimicrobiens au Canada. Vous pouvez contribuer personnellement à lutter contre ce grave problème, notamment en changeant votre façon de parler des antibiotiques avec vos clients.

Poursuivre les progrès accomplis

Je suis encouragée par certains progrès que nous avons faits au Canada jusqu’à présent. Le programme Des pilules contre tous les microbes? a donné des résultats prometteurs en Colombie-Britannique, en réduisant les taux de prescription d’antibiotiques. D’autres démarches, comme la publication récente de recommandations sur la modification des pratiques à l’intention des professionnels de la santé des établissements de soins de longue durée, montrent bien comment les responsables du système de santé œuvrent ensemble à la promotion de pratiques positives de prescription d’antibiotiques.

Malgré les avancées, de nombreux défis subsistent. Actuellement, plus de 50 pour cent des cas de gonorrhée au Canada sont causés par une bactérie résistante à au moins un antibiotique.

Il faut intensifier les efforts d’éducation et de conscientisation, afin que tous comprennent les différences entre les infections virales et bactériennes, ainsi que les raisons de l’inefficacité des antibiotiques contre les virus. Nous ne voudrions pas que nos enfants ou nos petits-enfants connaissent un monde sans antibiotiques. Ensemble, nous pouvons agir afin de préserver la capacité des antibiotiques à combattre les infections, aujourd’hui et demain.

Pour en savoir plus

Pour obtenir plus d’information sur la préservation actuelle et future des antibiotiques, visitez la page Canada.ca/antibiotiques. Les Canadiens et les responsables du système de santé peuvent contribuer de nombreuses façons à protéger notre santé future.

Dre Theresa Tam
Administratrice en chef de la santé publique du Canada
Twitter : @ACSP_Canada
Site Web : Canada.ca

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