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Profils

Dre Guylène Thériault

La Dre Guylène Thériault est coresponsable des soins primaires de la campagne Choisir avec soin. Elle est omnipraticienne et exerce en médecine familiale à Gatineau, au Québec. Elle enseigne à différents types d’auditoires, y compris à des étudiants ou à des résidents en médecine, à des professionnels de la santé et au grand public, la façon d’utiliser les données probantes dans la pratique; elle s’intéresse à la prévention, au dépistage et à l’utilisation judicieuse des ressources.


Recommandation de médecine familiale No. 2: N’utilisez pas d’antibiotiques pour traiter une infection des voies respiratoires supérieures vraisemblablement d’origine virale, comme une maladie s’apparentant à la grippe, ou spontanément résolutive, comme une infection des sinus qui dure depuis moins de sept jours.


Choisir avec soin: Quels stratégies ou outils d’aide à la prise de décision partagée avez-vous mis en place en lien avec cette recommandation?

Dre Guylène Thériault: Les outils d’aide à la prise de décision partagée occupent une place centrale dans ma pratique puisqu’ils permettent de simplifier mes explications et de mieux conscientiser les patients aux implications potentielles de leurs choix. En ce qui concerne les infections des voies respiratoires supérieures (IVRS), j’utilise des outils visuels et interactifs plutôt que des outils formels d’aide à la prise de décision partagée. Les ressources disponibles en ligne sont intéressantes pour alimenter la discussion et les patients peuvent y accéder seuls. J’utilise un calculateur de score Centor avec mes patients qui consultent pour un mal de gorge afin de les aider à comprendre comment j’ai posé mon diagnostic et les faire participer à l’élaboration de leur plan de soins dès leur arrivée dans mon bureau; je leur présente les résultats et mon diagnostic, et nous discutons des mesures à prendre. Un schéma graphique illustrant la durée des symptômes associés à une bronchite est également très utile. Pour les infections virales, j’utilise la fiche de suivi proposée par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) qui explique aux patients l’affection dont ils souffrent et comment atténuer leurs symptômes. Je crois qu’en utilisant ces outils, avec l’affiche Choisir avec soin sur les quatre questions à poser aux professionnels de la santé que j’ai accrochée dans mon bureau, je fais comprendre aux patients que ma pratique est fondée sur des données probantes et qu’ils peuvent me poser leurs questions au sujet de leur plan de soins.

En quoi la prise de décision partagée par rapport à cette question est-elle difficile ou gratifiante?

GT: La discussion sur la conduite à adopter lors d’IVRS est parfois difficile, car il existe un mythe répandu dans notre société selon lequel les antibiotiques sont nécessaires dans le traitement de ces infections. Il nous faut déconstruire cette croyance populaire pour faciliter le dialogue avec les patients sur les traitements réellement indiqués pour leur problème de santé. C’est aux médecins qu’il appartient de ne pas présumer que leurs patients exigeront une prescription d’antibiotiques.

Je prends le temps de discuter des besoins de mes patients, puis de convenir avec eux de la meilleure stratégie pour diminuer leurs symptômes. Les patients cherchent avant tout à être rassurés et à savoir qu’ils peuvent rapidement réévaluer leurs options si leur état ne s’améliore pas.

Cette façon de faire est gratifiante parce qu’elle permet de bien informer et de rassurer les patients afin qu’ils puissent adhérer au choix thérapeutique. L’hiver dernier, une patiente de 54 ans m’a consultée pour une bronchite aiguë qui ne passait pas malgré des antibiotiques prescrits par le premier médecin qu’elle avait vu. Après discussion avec la patiente sur les différentes options de traitements possibles, ainsi que leurs conséquences potentielles, nous avons convenu d’un plan de soins comprenant la consommation d’une certaine quantité d’eau chaque jour, une irrigation nasale avec une solution saline ainsi que la prise de pastilles pour la gorge. Lorsque cette patiente a quitté mon bureau, elle s’est dite extrêmement soulagée de ne pas devoir prendre un autre traitement d’antibiotiques pour soigner son infection et se sentait outillée pour diminuer ses symptômes!

Pourquoi la prise de décisions partagée relativement à cette recommandation Choisir avec soin ou au sujet de ce problème clinique est-elle essentielle pour vous?

GT: Une prise de décision partagée est essentielle pour briser le cercle de la désinformation sur les infections des voies respiratoires supérieures. En effet, c’est en augmentant les connaissances des patients, en les encourageant à échanger avec leur médecin et en les aidant à formuler leurs préférences en matière de soins que l’on peut améliorer la qualité de la pratique médicale.

 

Cet article a d’abord été publié dans Médecin de famille canadien.

 

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