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Profils

Dre Allison Paige

La Dre Allison Paige est médecin-chef au centre médical Kildonan de l’Hôpital général Seven Oaks, à Winnipeg, et chargée de cours à l’Université du Manitoba.


Recommandation no 2 de la Société canadienne de gériatrie : N’utilisez pas de benzodiazépines ou d’autres sédatifs hypnotiques chez les personnes âgées comme premier choix pour traiter l’insomnie, l’agitation ou le délirium.


Décrivez une rencontre clinique où vous avez été appelée à faire un choix judicieux.

Dans ma pratique de médecine familiale, je travaille avec de nombreux patients gériatriques à qui d’autres médecins ont prescrit des benzodiazépines ou d’autres somnifères (agents « Z ») comme la zopiclone pour traiter l’insomnie. Maintenant que je connais les risques associés à ces médicaments, je m’efforce d’aider mes patients à trouver des moyens plus sûrs de traiter leur insomnie. Je les informe des risques de ces médicaments, et lorsqu’ils sont prêts à cesser de les utiliser, j’essaie de leur donner les outils dont ils ont besoin.

À un certain moment, ces médicaments étaient considérés comme étant sûrs et faisaient partie des normes de pratique. Je donne souvent cette information aux patients afin qu’ils n’aient pas l’impression que leurs médecins précédents leur prescrivaient des médicaments inappropriés.

Dans vos échanges avec les patients, comment abordez-vous la nécessité de faire un choix judicieux?

L’éducation. Habituellement, je leur présente une ressource ou un document au moment de discuter des effets nocifs potentiels de ces médicaments. Ensuite, je surligne certains des effets nocifs précis qui les concernent en particulier.

Les chutes. Mes patients sont généralement préoccupés par les chutes étant donné que celles-ci peuvent mener à des fractures potentiellement très graves. Souvent, la première question que je leur pose est la suivante : « À quelle fréquence vous levez-vous la nuit pour vous rendre aux toilettes? » La plupart de mes patients âgés ne peuvent pas passer toute une nuit sans aller aux toilettes. Je m’appuie sur ce fait pour discuter avec eux des risques de chute. Je leur dis que le fait de prendre un médicament pour les aider à s’endormir et à dormir toute la nuit perturbe leur équilibre. Lorsqu’ils se réveillent pour aller aux toilettes, ils risquent de tomber.

La mémoire et les fonctions cognitives. La plupart de mes patients âgés ne veulent pas prendre de médicaments qui ont des effets nocifs sur leur mémoire ou leurs fonctions cognitives. Je leur dis que même s’ils n’ont pas l’impression que leur mémoire est touchée, des études ont montré qu’à long terme, ces médicaments auront des effets indésirables sur leur mémoire ou leurs fonctions cognitives.

La dépendance. Fait intéressant, j’ai constaté au fil du temps que les patients semblent moins interpellés par le risque de dépendance à ces médicaments. Puisqu’ils y accordent moins d’importance, j’aborde le sujet, sans toutefois y consacrer trop de temps.

Le sommeil. En plus d’expliquer à mes patients les effets nocifs des médicaments, je leur parle des perceptions erronées sur le sommeil. Je leur remets un document où sont énumérés les 10 principaux mythes sur le sommeil. Beaucoup de mes patients âgés s’inquiètent notamment de ne pas dormir de 8 à 10 heures par nuit. Je leur dis que leur corps n’a peut-être pas besoin d’autant de sommeil à ce moment de leur vie.

La remise en question du statu quo. De nombreux patients hésitent à cesser la prise de ces médicaments en raison de mauvaises expériences passées liées à l’essai de stratégies de rechange, par exemple éviter les écrans électroniques ou l’alcool avant de se coucher ou installer des dispositifs pour assombrir la chambre. Je demande aux patients pour qui ces stratégies n’ont pas fonctionné de décrire de manière détaillée leurs habitudes de sommeil et nous trouvons souvent plusieurs solutions potentielles.

Quels sont les éléments clés qui font en sorte qu’un échange avec un patient est concluant?

Je crois que les échanges les plus réussis sont ceux où les patients sentent qu’ils ont le contrôle sur la réduction progressive de leurs médicaments, que ce sont eux qui prennent les décisions. Je vais à leur rythme. C’est un travail difficile qui ne se règle pas en une seule consultation. Je veux aussi que mes patients sachent que je me soucie de leur sommeil et que je veux les aider à mieux dormir. C’est un long processus et je les félicite de faire un essai, puisque chaque fois que nous réduisons leur dose de benzodiazépine, nous réduisons aussi le risque d’effets nocifs.

 

Cet article est d’abord paru en anglais dans la revue Canadian Family Physician. Cette entrevue a été préparée par le Dr Aaron Jattan, du Département de médecine familiale de l’Université du Manitoba, pour Choisir avec soin.

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